Le moment Kodak, sans retouche

Rouleau de film Kodak

Les entreprises centenaires

Les entreprises centenaires, dans une économie libre telle qu’au Canada, sont rares. En comparaison, dans le bassin mondial des aînés commerciaux, les entreprises japonaises y sont présentes à plus de 50%. Sans regards à leur origine, plusieurs de ces entreprises sont devenues des légendes, tant pour le meilleur que pour le pire. 

Le cas Kodak

Une entreprise qui représente bien ces hauts et ces bas est Kodak. Fondée en 1888, l’entreprise a connu des succès retentissants, puis une faillite, pour se relever de façon limitée dans certains domaines d’affaires plus ciblés.

À la fin des années 70, l’entreprise contrôlait 90% du marché des films et 85% de celui des caméras. Le modèle était simple, réduire le prix des caméras pour faire un profit substantiel sur les pellicules.

Le management?

Le manque de vision du management, suivant l’arrivée du numérique, a été le début des problèmes de l’entreprise. L’impact financier de ce désengagement sera de plus en plus lourd à partir du début des années 90. Cela amènera leur annonce d’une faillite en 2012. Afin de pouvoir reprendre la route du succès, Kodak vendra ironiquement plusieurs de ces brevets à des entreprises technologiques qui ont précipité son déclin. 

Aujourd’hui, en réponse à la pandémie et en recherche de nouveaux marchés, Kodak a annoncé le début de sa production de matériel pharmaceutique.

Comment une telle entreprise a-t-elle pu autant perdre le contact avec son marché ? Cette croyance de Kodak, d’être seule sur le marché, n’était pas à sa première manifestation avec le numérique. Il avait déjà fait une courte apparence lorsque Fuji Film a pénétré le marché américain. À cette époque, Kodak n’avait aucunement réagi à ce nouveau compétiteur, croyant ses clients acquis à sa marque. Cette arrogance lui avait fait alors perdre plus de 10% de son marché.

Une tendance ignorée par Kodak

L’avènement numérique, suivi de l’incorporation de caméra à même les téléphones, a sonné la fin de l’entreprise telle que l’on l’avait toujours connue. 

La tendance, amorcée d’abord par Sony, et amener à un niveau supérieur par Apple, était claire et annoncée bien avant leur mise en marché. Alors que plusieurs entreprises ont investi dans ce domaine et développer de nouveaux produits, Kodak a demeuré une fois de plus assise sur ses acquis.

Cette fin aurait pu non seulement être évitée, mais représente un tableau vu trop souvent chez des entreprises qui étaient la référence de leur domaine. Cette arrogance se bâtit donc à travers les décennies. Est-ce cette dernière qui finalement, comme un boomerang, revient hanter les monuments qui ont laissé tomber leurs gardes ?

Il semble évident que toutes les entreprises doivent être vigilantes et assurer des veilles stratégiques. Il semble toutefois que l’évidence soit ignorée par ces centenaires au sommet de leur succès.

Paresse intellectuelle, suffisance, incompétence ? La réponse au pourquoi est certainement multiple. Cependant, une chose demeure, le management, mais aussi le conseil d’administration, sont à blâmer. Le nez collé sur l’arbre, ils se croyaient intouchable et tant que l’entreprise pouvait débourser leurs dividendes, pourquoi changer une formule gagnante.

L’union, la solution?

Ce piège est commun, connu et on serait en droit de croire que les têtes corporatives, celles aux compétences reconnues, auraient dû être en mesure de voir la dérive de l’entreprise. Sears, Eaton, HMV, Blackberry et Blockbuster sont tous des exemples de cette faille humaine qu’est le sentiment de sécurité. C’est ce dernier qui fait que l’on baisse la garde et que devant la menace, on se sent protégé.

Alors que normalement, on voit mal un compétiteur siégé à son conseil d’administration, ne serait-il pas là une collaboration difficile mais nécessaire ? Une entreprise adverse verra toujours les failles de son adversaire. Ce sont ces dernières qu’il faut surveiller, analyser et comprendre encore plus que ces succès. Cette vision hostile est peut-être ce qui manque pour rééquilibrer le sentiment de sécurité. Prendre conscience des menaces qui se faufilent aux endroits que l’on soupçonne le moins.

Dans son contexte, l’union ferait peut-être la force. Imaginez pour un moment que Sony se soit associé avec Kodak. Est-ce que l’histoire de cette dernière aurait été différente ? 

La concurrence traditionnelle empêche et décourage ces initiatives, mais comme les innovateurs ont réinventé des marchés, créé de nouvelles façons de consommer et développer des produits de zéro, ne serait-il pas temps de redéfinir la compétition ? Les Japonais voient l’entreprise comme un bien de la société et multiplie les centenaires. Notre économie fonctionne sur des bases différentes, sinon opposées, mais l’inspiration peut venir de partout, incluant d’Asie. Il est peut-être le temps d’élargir nos horizons et de redéfinir l’entreprise, l’innovation et la compétition.